Test > Deus Ex : Human Revolution


L’avènement des consoles next-gen s’accompagne d’une plus grande prise en compte de l’interactivité. Les scenarii prennent de plus en plus en compte les choix des joueurs, qui influencent directement le dénouement et même les péripéties rencontrées. De plus en plus, la liberté est laissée au joueur de choisir entre plusieurs moyens d’action pour arriver au terme d’un même objectif. Celui-ci en devient toujours plus acteur de l’intrigue qui se joue devant lui, il en contrôle de plus en plus le déroulement, et l’interactivité grimpe en flèche.


Cette tendance se poursuit avec Deus Ex : Human Revolution, sorti en France le 26 août 2011 sur PlayStation3 et XBox360. Cet opus est en réalité une préquelle de la série des Deus Ex, dont le premier volet est sorti en 2000, mais en raison de la faible notoriété des deux premiers épisodes et en comparaison à toute la promotion qui était prévue pour ce troisième épisode, il a été choisi de développer ce jeu comme s’il s’agissait d’un jeu indépendant, sans référence particulière qui aurait obligé la connaissance préalable des intrigues associées à ses deux aînés. Les producteurs ont cependant justifié les couleurs orangées de la charte graphique par le fait qu’il s’agissait d’une préquelle.

La réalité du futur

Nous sommes en 2027. Le monde a bien changé avec l’avènement des augmentations, des prothèses bioniques à disposition des humains, capables de remplacer un bras perdu, de redonner la vue à un malvoyant, ou de résoudre les problèmes de respiration. En fait, les augmentations vont même jusqu’à décupler les capacités des humains, leur permettant de soulever des charges lourdes, de voir à travers les murs, de sauter d’un immeuble ou encore de devenir invisibles. Bien qu’elles améliorent le quotidien des personnes à mobilité réduite, elles suscitent également une forte dépendance, non seulement physique du fait de la nécessité d’injection régulière de neuropeptides, mais aussi mentale du fait de l’asservissement de l’homme par la machine. Beaucoup ne voient pas les augmentations d’un bon œil et prônent une sauvegarde de la « pureté humaine ».



Ancien membre du SWAT reconverti en agent de sécurité, Adam Jensen est chargé de superviser la protection permanente des locaux de Sarif Industries, l’entreprise de biotechnologies à l’origine des augmentations. Sa vie bascule lorsque le complexe est pris d’assaut par un groupe terroriste inconnu ; mortellement blessé, il ne doit son salut qu’à l’implantation d’augmentations dans son organisme. Désormais capable d’accomplir des prouesses dont il n’a même jamais rêvé, Adam continue d’assurer la protection de son entreprise contre ses concurrents et les menaces extérieures, dont le groupe terroriste qui l’a attaquée… mais il n’a jamais voulu tout ça. Dans un monde qui tourne intégralement autour des augmentations, les conflits naissent, croissent… et engendreront tôt ou tard une guerre civile.

Une patte graphique bonne mais perfectible

Le jeu est pourvu de bons graphismes mais on aurait pu s’attendre à mieux de la part de Square Enix. Certes, l’univers visuel est soigné et énormément de détails sont mis en avant ; on pourra par exemple pleinement s’immerger dans les villes visitées grâce à un travail minutieux sur les produits des étals, les grillages et planches de bois à moitié démolis, les roues dispersées sur le sol ou les départs de flammes ; les laboratoires ont fait eux aussi l’objet d’un soin particulier, avec des bureaux jonchés de livres et d’étagères ou des ordinateurs à tout bout de champ ; et on ne pourra pas non plus négliger les nombreux éléments anecdotiques qui participent au réalisme du jeu, comme ces cannettes ou ces gobelets qui traînent un peu partout, à toutes occasions, que ce soit dans un bureau ou un local d’un immeuble résidentiel.


A contrario, la modélisation faciale laisse à désirer. Si elle est parfois impeccable et laisse vraiment entrevoir la puissance de nos consoles next-gen, il y a aussi des nombreux moments où la technologie semble en recul et où on a l’impression d’être de nouveau face à la PlayStation 2. Le résultat est loin d’être effrayant, mais il a de quoi surprendre dans un monde si joliment retranscrit graphiquement.



Deux Ex : Human Revolution compense cette légère faiblesse par une ergonomie optimale. Une fois le coup de main assimilé, il est facile de passer d’un onglet à un autre dans le menu, et d’atteindre l’inventaire ou la liste d’augmentations, le tout étant agréablement illustré par des images qui rendent la navigation agréable. Ainsi, chaque catégorie d’augmentations est pourvue d’une image qui permet d’en saisir le sens directement, et chaque équipement a également droit à une image. Le résultat est une interface intuitive et accessible sur laquelle les développeurs ont passé beaucoup de temps pour un confort du joueur maximal. Dans le même ordre d’idées, le système de piratage peut vite devenir addictif, entre autres grâce à une charte graphique constituée d’icônes stylisées qui mettent directement dans l’ambiance de l’informatique.

Une bande-son discrète

Si les graphismes sont bons sans être excellents, la bande-son se fait quant à elle très discrète. Si certains thèmes, comme Icarus, sont bienvenus et accompagnent à merveille les phases de jeu concernées, la plupart des pistes de la bande-son ne se remarquent pas vraiment. On se surprendra donc à effectuer les combats de boss sans musique d’ambiance, et parfois même à visiter des entrepôts ennemis ou des zones de combat sans aucune piste de fond. Le plus souvent, il n’y a donc pas d’accompagnement musical, ou il se jouera tellement timidement que le joueur ne se souviendra pas de son existence. C’est l’une des raisons qui motivent à penser que le jeu manque de douceur.

Une expérience de jeu riche, variée, et corsée

Au regard du gameplay, on est effectivement en droit de se dire que Deus Ex : Human Reovlution est un jeu pour joueurs avertis, car en effet, la difficulté, même en mode Normal, est déjà suffisamment élevée, quelques simples coups de feu suffisant à mettre le protagoniste à terre. Même dans le concept de base du jeu, l’opus nécessite une expérience de jeu préalable.



En effet, le gameplay prend principalement la forme d’un FPS agrémenté de quelques courtes phases à la troisième personne. S’il est possible de voir le héros à certaines occasions, comme la montée ou la descente d’une échelle ou le camouflage derrière une caisse ou un petit talus, la plupart du temps, vous verrez le jeu tel qu’Adam Jensen le voit, et vous agirez uniquement à la première personne. Les déplacements sont fluides et aisés, et la caméra est très intuitive et facile à maîtriser. On pourra en revanche regretter le manque de prises d’initiatives du jeu à l’approche des portes ou des ascenseurs, forçant le joueur à ajuster précisément sa caméra sur le minuscule bouton d’ascenseur ou le petit digicode juxtaposé à la porte, et donc logiquement problématique en cas d’urgence, lorsqu’il est poursuivi par une douzaine d’ennemis.


La plupart du temps, le combat s’effectuera à distance au moyen de vos fusils et pistolets. On retrouve les classiques fusils à pompe, fusils de précision, fusils d’assaut, mais d’autres équipements contemporains au jeu font leur apparition, notamment les pistolets à impulsion électrique (redoutables sur les robots et humains augmentés) ou les grenades à impulsion électromagnétique (là aussi mortels sur les équipements électroniques). Toutes ces armes seront à ranger dans un inventaire à la Resident Evil qui, initialement, s’avèrera bien trop petit pour alimenter vos éventuelles furies meurtrières. Au vu de la relative rareté des munitions, de la place occupée par chaque arme, et de la capacité de votre inventaire, vous serez très vite dissuadé d’aborder une approche résolument agressive consistant à tirer à tout va, d’autant plus que le moindre tir, même d’une arme tranquillisante, déclenche l’alarme. Si vous préférez éviter de vous retrouver acculé sans munition, et adopter plutôt une approche d’infiltration discrète, vous pourrez privilégier l’assaut au corps à corps, plus difficile à mettre en œuvre, mais aussi plus efficace ; elle consiste à approcher furtivement (sans faire de bruit) l’ennemi par derrière, sans déclencher l’alarme, et à utiliser l’une des deux actions contextuelles possibles, à savoir tuer un ennemi (ce qui alerte les gardes à proximité) ou l’assommer. Cette technique se révélant imparable et indétectable, c’est souvent celle qui sera utilisée pour se débarrasser des sentinelles sans éveiller les soupçons.



Le jeu laisse également la part belle à l’interactivité avec l’environnement. Non seulement de nombreux et divers objets peuvent être récupérés dans l’aventure, tels que des munitions, des grenades, mais aussi des journaux, des carnets électroniques, des liqueurs alcoolisés ou des médicaments, mais il est également possible d’agir sur le décor lui-même, par exemple en déplaçant une caisse qui bloque l’accès à un conduit d’aération, en portant une caisse sur soi pour s’en servir comme bouclier, en fermant une porte pour limiter la propagation du son, et même encore en démolissant des murs trop fragiles ! Les nombreux petits murets ou rambardes sont également pris en compte par le jeu, qui propose à chaque fois des actions contextuelles très développées pour se cacher derrière eux, progresser en restant caché, passer rapidement d’un abri à un autre, ou même tirer en restant caché.


D’une manière générale, le jeu offre de très nombreux moyens d’atteindre chaque objectif. Il y a toujours la possibilité de l’assaut frontal, une stratégie rarement payante en raison du manque de munitions, du rapport de forces et d’effectifs, et de la cruelle faiblesse du protagoniste dont quelques coups de feu suffisent à réduire à néant les 100 points de vie. L’infiltration par conduits d’aération est bien plus payante, tant sur le nombre de points d’expérience accordés par le jeu que sur la probabilité de succès, et elle réduit par ailleurs le risque d’être exposé au feu ennemi. Une petite variante consiste à affiner ses compétences en piratage pour déverrouiller des digicodes ou désactiver des caméras et des lasers, et ainsi autoriser l’accès à des portes dérobées menant directement à l’objectif, ou à des portes secondaires menant à des bureaux de surveillance d’où il est possible d’agir sur les tourelles de sécurité. Mais si la perspective de devoir vous cacher en permanence vous révulse, vous pouvez tout aussi bien travailler la fibre sociale et tenter de convaincre, de persuader… ou de soudoyer vos interlocuteurs afin qu’ils vous facilitent le travail, en vous fournissant par exemple un badge de police qui règlera la question de savoir si vous êtes autorisé à pénétrer dans ce commissariat. Il vaut mieux de toute façon choisir l’une des trois approches subtiles du jeu plutôt que l’assaut direct, bien plus périlleux et bien moins généreux en points d’expérience.



Evidemment, choisir une approche ne suffit pas pour la réussir. Il peut arriver de devoir recourir à l’assaut brutal lorsqu’un frigo trop lourd bloque un conduit d’aération, lorsque les systèmes de sécurité sont trop sophistiqués pour autoriser un piratage, ou lorsque vous avez malencontreusement froissé le policier que vous comptiez soudoyer. Les augmentations permettent de réduire grandement les risques d’échec, voire de résoudre les problèmes. Le bras cybernétique vous offrira ainsi une force surhumaine qui vous permettra de soulever ce frigo gênant. Les nombreux modules de piratage accroîtront considérablement votre efficacité face aux défenses informatiques adverses. Le module CASIE vous renseignera sur l’état physiologique de vos interlocuteurs et vous donnera par exemple leur personnalité probable, leur pouls, leur stress, et vous aurez même la possibilité de les influencer avec des phéromones ! Naturellement, certaines augmentations faciliteront aussi toute approche directe, comme la possibilité de voir à travers les murs, le système de réception Icarus qui vous garantira un atterrissage sans dommage quelle que soit la hauteur d’où vous tombez, ou le légendaire camouflage optique. Hélas, le coût de chaque augmentation est pharaonique, et il faudra choisir méticuleusement celles qui vous seront indispensables dans la suite du jeu.

Prenez votre destin en main

S’inscrivant dans la tendance du moment, Deus Ex : Human Revolution offre la possibilité au joueur d’influer directement sur le scénario de par ses actions. Echouer au sauvetage des civils lors d’une prise d’otages aura logiquement des répercussions négatives sur l’image de Sarif Industries auprès de l’opinion publique et des autorités. S’introduire au commissariat par la force en éliminant tout opposant sera également très néfaste. Vous pourrez même, certaines fois, prendre parti pour une personne ou une autre, suivant vos convictions – ou suivant l’appât du gain. Le jeu ira même jusqu’à déterminer les armes à votre disposition suivant que vous préférez tuer ou assommer vos ennemis.



L’opus offre également un nombre raisonnable de quêtes annexes à effectuer en parallèle de la quête principale. Ces quêtes annexes nécessiteront souvent des augmentations particulières, un besoin qui pourrait vous handicaper en fonction de vos choix d’augmentations, mais elles se révèleront très lucratives en points d’expérience et en argent et permettront de mieux appréhender le monde de Deus Ex : Human Revolution. Attention cependant, car ces quêtes annexes finissent rapidement par devenir inaccessibles, vous retirant le bénéfice de précieux trésors.

Conclusion

Quand on joue à Deus Ex : Human Revolution, on comprend pourquoi Square Enix a mis tant d’ardeur à assurer sa publicité. Certes, pour aimer le jeu, il faut aimer le genre. On peut tout aussi bien ne pas être intéressé par le jeu. Il n’empêche que les développeurs ont effectué un travail colossal sur cet opus, tant sur l’univers graphique lui-même que sur le gameplay extrêmement riche et passionnant. La très bonne durée de vie de ce troisième opus vous assurera de longues heures de jeu… ou de prises de tête, selon la difficulté choisie, et les nombreuses qualités de ce volet, comme sa rejouabilité, l’interactivité et l’influence qu’elle propose, ou encore ses quêtes annexes, permettent d’oublier sans problème les quelques défauts perceptibles, en particulier la modélisation faciale et la bande-son du jeu. Deus Ex : Human Revolution, c’est un jeu à tester sans délai !

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