Test > Nier

Développé par le studio Cavia, Nier est un action-RPG sorti en avril 2010 sur les consoles Haute Définition. De par son héros à l’aspect bodybuildé ou ses graphismes en deçà des standards du genre sur ce type de consoles, Nier est un jeu qui aura fait couler pas mal d’encre. Principalement vu comme un jeu « honnête » voire un peu au-dessus de la moyenne par la presse, Nier possède néanmoins de grandes qualités qui ont su taper dans l’œil de nombreux joueurs, ces derniers tentant de le défendre tant bien que mal… à juste titre ?



En apparence timide ?

L’un des principaux griefs qui vont à l’encontre de Nier, c’est son parti-pris graphique qui semble un poil à la traîne quand on le compare aux autres jeux HD. En effet, Nier est un jeu proposant des textures pas très folichonnes, et un aliasing (effet d’escaliers sur les bords) très présent. Les différents environnements visités semblent également désespérément vides et ternes. Beaucoup de joueurs n’ont même pas voulu s’y essayer, simplement car le jeu faisait trop « PS2 HD », et c’est à mon sens une grosse erreur de jugement.

Car si le jeu n’a pas l’éclat d’un Final Fantasy XIII, il n’en reste pas moins charmant et attrayant, à sa manière. Les effets de lumière sont très réussis, et l’ambiance générale émanant des environnements donne un cachet très spécial au jeu, un peu comme l’était Ico en son temps sur PS2. Si vous arrivez à passer outre ses graphismes et que vous adhérez à l’univers, nul doute que vous passerez un bon moment en jouant à Nier.



Une histoire complexe et touchante

L’histoire de Nier commence en 2049, en plein été. Alors qu’il neige dehors, on découvre 2 personnages qui se cachent dans un bâtiment désaffecté et en ruines pour survivre. Nier et sa fille Yonah fuient des créatures qu’ils appellent « les ombres », qui en ont après leur vie. Ces ombres semblent particulièrement attirées par la petite Yonah, qui est malheureusement atteinte d’une maladie inconnue.

Nier est en possession d’un bien étrange livre, et demande à Yonah de n’y toucher sous aucun prétexte. Après avoir essuyé une énième attaque des ombres, la maladie de Yonah semble s’amplifier, et notre héros implore qu’on leur vienne en aide. Après cette scène, l’histoire fait soudainement un bond de 1312 ans dans le futur.

Nier et Yonah vivent à présent dans un village paisible, et même si nous sommes bien un millénaire dans le futur, ils n’ont pas pris une ride. De plus, tout porte à croire qu’il y a eu une certaine régression, car ils semblent vivre dans une époque typiquement moyenâgeuse… alors que le prologue prenait place dans un environnement bien plus moderne. Que s’est-il passé ? Pourquoi cette régression ? Pourquoi cette ellipse ? Je vous laisse trouver les réponses par vous-même, en jouant au jeu.

Sachez que le jeu dispose de 4 fins, et si vous voulez connaître tous les tenants et aboutissants de l’histoire, vous devrez refaire le jeu (via un new game +) plusieurs fois. Là où est toute la subtilité, c’est que Nier ne se contente pas de vous faire refaire 4 fois le même jeu pour seulement aboutir sur une fin différente de la précédente. Lors de votre deuxième partie, vous aurez droit à de nouvelles cinématiques, vous verrez des choses que vous n’avez pas vues dans votre partie précédente.

Vous en apprendrez beaucoup plus sur le passé de Kainé, et vous serez également en mesure de comprendre ce que les ombres se disent (car oui, elles parlent entre elles). Tout cela rend l’histoire encore plus passionnante et étoffée à mesure que l’on progresse dans les parties suivantes.



Des personnages hauts en couleurs

Malgré ce changement étrange d’époque, certaines choses restent inchangées. Ainsi, la petite Yonah est toujours atteinte de cette mystérieuse maladie, appelée « la nécrose runique ». Nier est toujours un père aimant, prêt à tout pour aider et guérir sa fille ; c’est ainsi qu’il s’est fixé l’objectif de trouver un remède par tous les moyens.

Yonah est une petite fille gentille et espiègle. Elle essaie de ne pas être un poids pour son père malgré sa maladie, et fait tout pour lui causer le moins de soucis possible, même si parfois ses actions ont l’effet inverse.

Le village comporte 2 personnages emblématiques : les jumelles Devola et Popola. Ces 2 femmes jouent un rôle très important dans l’histoire, elles sont à la fois les confidentes et amies de Nier. Popola est en quelque sorte le maire du village, elle aide Nier dans sa quête du remède pour la nécrose runique, en lui donnant diverses informations.

Le Grimoire Weiss est le 1er compagnon de Nier. En lui conférant sa magie, il l’aidera à faire face aux nombreux ennemis qui seront sur sa route. Son humour et son accent « so british » en font un personnage très attachant et très drôle, et ses dialogues avec Kainé sont savoureux.

Kainé est une très jolie jeune femme qui n’a pas sa langue dans sa poche. Son allure très féminine contraste avec son langage très vulgaire et violent : mieux vaut ne pas la contrarier sous couvert de passer un sale quart d’heure par la suite. Kainé est un personnage touchant qui a un passé très lourd, et elle est plus fragile qu’il n’y paraît.

Enfin, Nier rencontrera Emile, un jeune garçon ayant beaucoup souffert par le passé. Il possède un don qu’il voit plus comme une malédiction qu’autre chose : tout ce qu’il regarde se transforme en pierre. De ce fait, Emile a les yeux bandés en permanence, pour éviter de pétrifier les autres par inadvertance.



Un monde à l'agonie

Outre la triste histoire personnelle du héros et de sa fille, le monde du jeu est en perpétuelle souffrance. Si les habitants du village de Nier semblent heureux de leur vie paisible, le joueur se rendra compte au fil de sa progression que tout est loin d’être rose dans cet univers.

Le monde est constamment en proie aux attaques incessantes des ombres (elles font partie des choses qui n’ont pas changé durant cette ellipse de 1000 ans), et les habitants des divers villages perdent de plus en plus espoir.

Au cours de l’aventure, Nier rencontrera divers personnages secondaires, et les événements relatifs à ces derniers sont tous saupoudrés d’une profonde mélancolie. Je ne peux pas m’attarder dessus sous peine de spoiler, mais attendez-vous à mettre votre émotivité à l’épreuve.

Dans le monde de Nier, les liens se font et se défont au fur et à mesure que les événements s’enchainent. Ce monde si triste et sans espoir contribue indéniablement au charme du jeu, qui saura à coup sûr vous toucher d’une manière ou d’une autre.



Sonorités enchanteresses

Autre gros point positif du jeu : son ambiance sonore. Composée par Keiichi Okabe, l’OST de Nier est assurément une réussite. Afin de donner une dimension supplémentaire et un certain crédit à l’univers, Keiichi Okabe a demandé à la chanteuse Emi Evans d’écrire les textes, et bien sûr, de chanter les chansons qu’il a composées.

La voix d’Emi Evans permet d’apporter une touche de légèreté à ce monde empreint de mélancolie. Les textes sont presque tous écrits dans une langue fictive, néanmoins inspirée de diverses langues existantes, comme le gaélique, le portugais, le japonais, le français, l’italien, et l’espagnol.

La bande sonore peut également amplifier le sentiment de tristesse qui se dégage de cet univers. Ainsi, lorsque vous affrontez certains Boss ou que vous visitez certains villages, il n’est pas à exclure que vous ressentiez ce qui se passe à l’écran à travers la mélodie jouée au même moment. Keiichi Okabe a demandé à Emi Evans d’écrire les paroles les plus déprimantes possibles pour la chanson « Ashes of Dreams » (qui pour le coup est écrite en plusieurs « vraies » langues, donc compréhensible), et l’effet escompté est bel et bien présent.

Petit fait insolite : le thème principal du jeu (« Song of the Ancients »), est le thème musical que l’on entend principalement lorsqu’on se trouve dans le village de Nier. Il est au départ totalement instrumental, sur fond de guitare acoustique; mais si vous vous rapprochez de la place du village, vous remarquerez que petit à petit une voix se pose sur la mélodie. Cette voix, c’est celle de Devola, qui est assise près de la fontaine, et qui joue ce thème avec sa guitare et le chante en même temps. Si vous vous éloignez d’elle, sa voix finira par disparaître progressivement au rythme de vos pas, et le morceau redeviendra instrumental.

Une quête annexe vous permettra même de faire en sorte que les deux jumelles se réunissent dans la taverne du village pour chanter ce même morceau en duo (l’instru change alors un peu).



Mécaniques de jeu intéressantes

Passons maintenant au cœur du jeu, à savoir le gameplay. Comme dit plus haut, Nier est un action-RPG. Vous combattez les hordes d’ombres qui vous font face en temps réel, et pour cela vous pourrez vous aider de divers types d’armes : épée à une main, épée à deux mains, lances… mais vous pourrez également utiliser la magie grâce au Grimoire Weiss.

Au fur et à mesure de votre progression, vous pourrez acquérir divers sorts, que vous pouvez utiliser en les assignant aux boutons gâchettes de votre manette. En fonction de votre nombre de MPs, vous pourrez charger votre sort en maintenant la touche qui lui correspond pour le rendre plus puissant. Plus vous maintenez la touche enfoncée, plus le sort sera puissant et consommera de MPs.

Fort heureusement, la barre de MPs se recharge automatiquement avec le temps, mais également beaucoup plus rapidement grâce au sang des ombres que vous tuerez (Weiss aspire le sang et le convertit en MPs), ce qui sera d’une grande aide lors d’une bataille contre un grand nombre d’ennemis ou un boss particulièrement coriace.

Outre le traditionnel gain de niveau, il vous est possible de rendre certaines aptitudes de Nier plus puissantes (comme sa résistance, sa puissance d’attaque, sa vitesse, ou encore ses sorts par exemple) en ajoutant des suffixes dans le Grimoire Weiss. Les suffixes sont des mots magiques que vous pouvez obtenir plus ou moins aléatoirement en tuant des ombres.

Nier se veut également être un savant mélange de diverses mécaniques de jeu. Il emprunte aux jeux de type shoot ‘em up leur système de pattern lors de divers affrontements, ainsi, il faudra se frayer un chemin à travers les multitudes de boulettes rouges que les ennemis vous enverront à la figure. Vous pourrez les bloquer ou les éviter, mais vous devrez quoiqu’il arrive vous faufiler jusqu’à votre ennemi pour le tuer afin que la pluie de boulettes cesse.

Dans certains donjons, la caméra viendra se placer d’elle-même au-dessus des personnages, donnant une vue similaire à celle des anciens Zelda. Cette vue « tactique » et un peu déroutante permet d’avoir une vue d’ensemble de la pièce, et se révèle très pratique lorsque des dizaines d’ennemis vous attaquent, car vous gardez une bonne lisibilité de l’action, sans avoir à jongler constamment avec la caméra pour voir ce qui se passe.

Le temple de Façade vous demandera une attention toute particulière pour progresser : quand vous entrerez dans une pièce, une phrase indice sous forme d’énigme vous sera donnée pour vous indiquer la consigne à respecter. Tâchez de bien la comprendre et de faire ce qui vous est demandé, sous peine de recommencer la pièce depuis le début. J’ai personnellement trouvé ce donjon passionnant à explorer, car le système de jeu était très original sans être trop difficile pour autant.

Dans un certain village, la manière de progresser changera encore, vous mettant face à une sorte de roman interactif. Au cours de votre lecture, vous serez amené à faire un choix, et si vous ne faites pas le bon… ce sera le game over.



Décompressons un peu...

Nier est un jeu proposant également pas mal d’activités annexes. Vous pourrez chasser, pêcher, et même jardiner ! Si vous souhaitez obtenir tous les trophées/succès du jeu, c’est sur ces activités que vous allez passer le plus de temps.

Bien entendu, les PNJs croisés tout au long de l’aventure vous donneront également tout un tas de quêtes annexes diverses et variées, comme dans tout bon RPG qui se respecte (cette phrase n’est pas une attaque contre FFXIII, je précise).

Vous pourrez également récolter divers matériaux sur les ennemis que vous aurez tués, afin de forger des armes toujours plus puissantes, même si l’amélioration d’armes n’est pas vraiment nécessaire pour suivre tranquillement la trame principale (en revanche, certaines quêtes vous demanderont de vous y investir un minimum).

Les quêtes annexes sont un bon moyen de souffler un peu, car plonger en apnée de longues heures dans cet univers en décrépitude sans respirer n’est pas très recommandé.



Conclusion


Je dirais que Nier est un jeu à la fois triste, touchant, et envoûtant. Si vous arrivez à passer l’aspect graphique qui rebute la majorité des joueurs, vous passerez un bon moment en compagnie de personnages tous plus attachants les uns que les autres. Ses mécaniques de jeu à la fois originales et empruntées à certaines grandes références ludiques font de Nier un melting pot plutôt réussi. La durée de vie est très bonne car le jeu dispose de 4 fins que vous pourrez voir en refaisant l’aventure plusieurs fois, sans compter les dizaines de quêtes annexes que les PNJs vous donneront. Enfin, sa musique à la fois douce et mélancolique, ainsi que son monde à l’agonie et en désespoir total sauront toucher même les plus insensibles d’entre vous. Un très grand jeu que je ne peux vous conseiller que très chaudement.

Test réalisé par Tsukishiro.


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