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Retour en arrière

En 1982 sortait Tron, l'histoire de Kevin Flynn, un garçon de 27 ans accroc aux jeux vidéos, passant ses journées dans sa salle d'arcades personnelle, avec des adolescents deux fois plus jeunes que lui. Mais Flynn n'en était pas moins un brillant concepteur, et alors qu'il tentait de prouver, à l'aide de son programme Clu, qu'il était bien l'unique développeur du jeu vidéo Space Paranoid, et que Dillinger, patron de la société Encom, lui avait volé tous ses travaux, un ordinateur intelligent nommé MCP - Maître Contrôle Principal - le projetait à l'intérieur même de la matrice, la Grille, un monde parallèle au nôtre. Dans ce monde, les Programmes évoluaient, arborant le même faciès que leur concepteur, sous le joug du MCP, le super-ordinateur ayant pris le contrôle de ce monde, et forçant les programmes à participer à des combats à mort, comme les fameuses courses de Cycle Lumineux. Kevin Flynn, pris pour un programme, était lui aussi jeté dans la fosse aux lions, et devait combattre pour survivre.

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Mais, dans sa cellule se trouvait aussi Tron, un programme de défense créé par son ami Alan Bradley en personne ! Une chance, car Tron était le seul programme à pouvoir détruire le MCP, et délivrer la Grille. Avec Tron, et d'autres programmes, Flynn allait donc se livrer à une course effrénée contre les gardes du MCP, dont Stark, le programme personnel de Dillinger.
Le film nous laissait dans le monde réel, après que Flynn eut libéré la Grille, et eut pu prouver qu'il était bel et bien l'unique détenteur des droits sur tous les jeux d'Encom. Il devenait alors PDG de la société, et sans doute bien plus adulte qu'il ne l'était avant.

Une histoire un peu plate

30 années ont passé depuis le premier Tron. Et pourtant, c'est bien Jeff Bridges que l'on retrouve (avec plaisir) au casting pour jouer le même rôle, aux côtés de Garret Hedlund (Sam Flynn), et d'Olivia Wilde (Quorra). Mais que s'est-il passé dans notre monde et sur la Grille ces 30 dernières années ? C'est une magnifique séquence de journal télévisé qui nous l'apprend.
Kevin Flynn n'a pas tardé à raconter son aventure à tout le monde. il en a même tiré un jeu vidéo, et des centaines de produits dérivés. Mais c'est surtout un projet qu'il en a tiré, car Kevin Flynn semble avoir découvert un immense secret dans la Grille, qui pourrait bouleverser tout le destin de l'humanité, selon lui. Mais un jour, sans aucune raison apparente, Flynn disparaît. 20 ans après sa disparition, Sam, qui a depuis longtemps abandonné l'idée de retrouver son père qu'il considère comme un illuminé, entrevoit néanmoins une possibilité infime de savoir ce qu'est devenu Flynn. La tentation est trop grande, et il se rend dans la célèbre salle d'arcades de son père, où un portail le téléportera sur la Grille à son tour.

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Voilà le pitch de Tron l'Héritage. Le fils du héros part à la recherche de son père dans le monde qu'il a lui-même visité autrefois, et où il se trouve désormais piégé depuis 20 ans par Clu, un programme de sa propre création. Soyons honnêtes, le scénario n'offre pas de grande surprise. Il fait d'ailleurs si peu avancer l'histoire qu'il en est décevant. Et ce n'est pas sa fin ouverte, happy end à la Disney, qui va arranger les choses, malgré quelques bonnes idées, comme l'ambigu personnage de Castor (Michael Sheen), ou encore les ISOs, personnages sur lesquels nous ne nous attarderons pas pour ne pas gâcher la surprise à ceux qui comptent le voir, une idée originale mais trop vite anéantie par le scénario du film. Même le programme Tron, qui donne son nom au film, doit apparaitre en tout et pour tout une minute dans le film. On regrettera donc l'absence d'un scénario plus poussé, celui du film se contentant de reprendre les bases du premier et les simplifier pour en faire un film à grand public, avec quelques clins d'œil au premier opus par-ci par-là.

Une plastique fantastique

N'y allons pas par quatre chemins. Visuellement, Tron l'Héritage est une réussite. Des décors aux costumes, en passant par les nombreux véhicules de la Grille, chaque élément, couvert de néons, est impressionnant. L'univers du premier film est parfaitement exploité, et remis au goût du jour. 30 années ont passé, il est évident que la Grille a, elle aussi, évolué, avec ses nouveaux véhicules "lumineux", ses nouvelles arènes de combats, et ses nouvelles armes. Même la cachette de Flynn, remplie d'objets du monde réel, (un lieu qui n'est pas sans rappeler certaines scènes de 2001 : l'odyssée de l'espace) est réussie. Le premier film avait su créer un univers, une ambiance, sa suite le remet au goût du jour, et avec talent.
Autre élément intéressant de la plastique du film ; Jeff Bridges, jouant à la fois Kevin Flynn et Clu, a droit dans le rôle de ce dernier à un lifitng étonnant, lui redonnant les 25 ans qu'il avait dans le premier film. La prouesse technique est impressionnante, et aura le mérite de faire de Clu un méchant beaucoup plus charismatique que Kevin Flynn, un vieil homme résigné à ne plus jamais agir, à ne plus rien toucher. Un personnage à l'image du scénario, en fin de compte...

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Certes, une nouvelle fois la 3D n'a pas grand intérêt. On appréciera le concept qui fait que celle-ci n'apparaît que dans la Grille et jamais dans notre monde, même si Kosinski n'a visiblement pas voulu exploiter tout le potentiel de son univers, presque entièrement réalisé en images de synthèse, tant la vision en trois dimensions se fait désirer. Certes quelques objets semblent de temps à autres sortir de l'écran, mais à ce niveau-là, autant proposer le film sans lunettes. Les courses de Cycle Lumineux restent très impressionnantes sur grand écran, tout comme les combats de Disque, mais ils semblent plus là par obligation envers les fans du premier film, que par intérêt. Les deux s'enchaînent en effet au début du film, comme si le réalisateur cherchait à s'en débarrasser au plus vite pour passer à autre chose. On ne peut que se dire qu'un peu plus de motos et qu'un peu moins de verre brisé n'aurait pas fait de mal à Tron l'Héritage.

Un orchestre au service de l'électro

Du côté du doublage français, même si on préfèrera toujours le Jeff Bridges original, on peut apprécier que le doubleur soit le même que dans le premier film. Mais c'est surtout la traduction française qui est appréciable ici, puisqu'elle est restée la même en tous points. Et même si "Cycle Lumineux" n'est certes pas des plus élégants, on préféra cela à des incohérences entre les deux films, comme le fait Tron Evolution, jeu vidéo se déroulant justement entre les deux opus au cinéma, en parlant de Lumicycles, et de Damier pour la Grille. Du côté de la traduction donc, rien à redire.

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Parlons maintenant de sa bande-son, sans doute l'un des meilleures points du film. Entièrement composée par Daft Punk, la bande originale du film est une merveille. Eux-mêmes fans du film, ils confient avoir voulu réaliser un "hommage à l'informatique", en réalisant "ce qu'aurait été Daft Punk sans la technologie". C'est pourquoi le duo français a eu droit à un orchestre symphonique composé d'une soixantaine de personnes. Le résultat, hybride entre électronique et l'orchestral, est une franche réussite. Les Daft Punk sont ici au sommet de leur art. Et si le titre phare du film, "Derezzed", est très centré sur l'électronique, le contraste est saisissant lorsque l'on écoute une musique comme "Flynn lives". Le groupe avait une idée ambitieuse, et a su la mener jusqu'au bout en nous proposant 22 pistes en total accord avec le film. La bande-son du film joue donc énormément dans sa qualité, et élève le film à un autre niveau.

Conclusion
Tron l'Héritage est un bon film. Il ne marquera, certes, pas l'histoire comme l'a fait son aîné, mais il lui rend un bel hommage. Et malgré ses défauts, comme son scénario assez plat, il possède d'énormes qualités, comme une plastique et une bande-son impeccables.
On passera donc un bon moment assis sur son fauteuil, et on prendra plaisir à suivre les aventures de Sam Flynn et de son père dans ce monde virtuel.
Il s'agit dans tous les cas d'un film que tous les fans de jeux vidéo, ayant vu le premier ou non, se doivent de voir.

Il ne reste plus qu'à attendre une suite, puisque c'est ce que la fin ouverte de Tron l'Héritage semble annoncer...



Critique réalisée par Till.

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