Preview > Tactics Ogre : Let Us Cling Together

Depuis quelques temps, Square Enix aime dépoussiérer ses archives. Ainsi avons-nous eu droit récemment à un remake de Final Fantasy IV doublé d’une suite, à la suite de Parasite Eve dénommée The 3rd Birthday, ou encore prochainement au troisième opus de la série Deus Ex, j’ai nommé Deus Ex Human Revolution. Dans le même registre, Tactics Ogre, sorti en 1995, bénéficie lui aussi d’une remise à jour, avec un portage sur PSP sous le même nom, à savoir Tactics Ogre : Let Us Cling Together, prévu pour le 25 février 2011.

Derrière ce nouveau volet, nous retrouvons Hiroshi Minagawa en tant que réalisateur, Yasumi Matsuno en tant que game designer et scénariste, Akihiko Yoshida en tant que character designer, et Hitoshi Sakimoto et Masaharu Iwata en tant que compositeurs ; autrement dit, l’équipe qui était déjà derrière l’opus original, adjointe de Tsubasa Masao comme illustrateur. Cependant, si l’équipe est globalement inchangée, le jeu sera disponible cette fois-ci dans notre contrée en version boîte, contrairement à son prédécesseur.



Un précurseur du genre

S’il n’est certainement pas le premier Tactical RPG à avoir été créé, Tactics Ogre peut en revanche être considéré comme l’élément précurseur du jeu, en tant qu’il en définit quasiment toutes les caractéristiques. Dès sa sortie en 1995, et malgré l’absence de portage hors du Japon, Tactics Ogre s’impose comme le T-RPG par excellence, en introduisant la 2D isométrique qui combine réalisme et impression de maîtriser le combat, et en permettant aux personnages de se déplacer individuellement avec un ordre de passage calculé indépendamment pour chacun d’eux. Il finit par être traduit en anglais puis porté sur différentes consoles, dont la PlayStation. Son succès est tel que, selon Famitsu en 2006, il est sacré septième jeu vidéo préféré parmi les lecteurs du magazine. Non content de disposer de ses propres suites et de sa propre saga, il s’offre le luxe d’influencer, de près ou de loin, tous les jeux de rôle stratégique, dont bien sûr la saga des Final Fantasy Tactics, dont le succès planétaire revient en grande partie au système de combat hérité de Tactics Ogre, même si le nom de Final Fantasy a suffi à catalyser sa popularité.



Des graphismes simples mais méticuleux

Square Enix a profité de cette réédition pour effectuer une remise à niveau des graphismes, déjà excellents pour l’époque, de Tactics Ogre. Bien sûr, les graphismes se doivent de rester simples, puisque les zones de combat obéissent toujours à un quadrillage carré qui limite les exubérances artistiques que l’on pourrait inventer. Mais les petits carrés d’herbe d’un vert jaunâtre douteux et à la silhouette informe ont laissé la place à des carrés verdoyants animés, pleins de vie, et au contour précis et minutieux. Attendez-vous également à des animations plus fluides quant à l’eau ou au ciel, mais aussi lors des changements météorologiques, tels que la pluie ou l’orage, qui bénéficient par ailleurs d’un jeu de lumière des plus remarquables. Les personnages ne sont pas en reste, notamment au travers d’une finesse accrue dans le dessin des personnages et dans leurs mouvements, mais également au travers de leurs avatars stylisés, visibles à côté des bulles de dialogue lors des conversations, bulles elles aussi redessinées pour notre plus grand bonheur. Le jeu se dote ainsi d’un style graphique quelque peu rétro, sans prétention ni vantardise, mais qui excelle par sa simplicité et sa précision.



Une bande-son revue et enrichie

Rien n’a vraiment changé dans la bande-son de Tactics Ogre. Hormis quinze nouvelles pistes, nous retrouvons les mêmes mélodies et musiques d’ambiance, bien évidemment en qualité supérieure. Pour ceux qui ne la connaîtraient pas, la bande originale du jeu est composée essentiellement de thèmes de combat qui ne sont pas aussi énergiques que ceux des Final Fantasy numérotés, mais qui restent anxiogènes : ces thèmes sont à la fois suffisamment sonores pour accompagner une bataille, et suffisamment doux pour ne pas vous donner envie de vous boucher les oreilles lors des plus longues altercations, qui pourront sans problème durer plus d’une heure. Le gameplay est par ailleurs accompagné d’effets sonores pour chaque action, que ce soit une attaque à main armée ou le lancement d’un sortilège magique, des effets sonores qui contribuent, au même titre que les graphismes, à une expérience de jeu enrichie par rapport à l’opus original.



Une ergonomie bien pensée mais perfectible

En effet, Tactics Ogre se révèle facile à prendre en mains au niveau des commandes. Le stick analogique vous permet ainsi de vous déplacer librement sur la zone de bataille, tandis que la croix directionnelle vous propose plutôt de gérer le curseur sur le quadrillage du terrain. Comme d’habitude, les boutons Croix et Cercle vous permettront d’annuler ou de confirmer une action, tandis que les autres boutons, plus accessoires, auront des utilités diverses et variables. Les menus, bien qu’en anglais, sont très intuitifs. La catégorisation des attaques permet de les retrouver en quelques secondes, que ce soit un lancer de cailloux ou l’élaboration d’un sortilège de soin. Les marques clignotant au sol au moment du choix des actions permettent également, comme d’habitude, de repérer la portée des déplacements et des attaques en un coup d’oeil.

On pointera néanmoins le manque de discernement entre alliés et ennemis, dont il faudra souvent pointer la case occupée et observer la couleur du champ de vision (bleue pour les alliés, jaune pour les ennemis) afin d’en déduire le camp, et ceci en se défaisant de la simple vision intuitive du vêtement porté par le personnage en question qui, de manière très vicieuse, peut être jaune pour un allié et bleue pour un ennemi. Pire encore, il faudra souvent retenir la liste des personnages alliés non contrôlables dans l’équipe, indiscernables de leurs homologues obéissants, et qui n’en feront souvent qu’à leur tête en se jetant dans les lignes ennemies et en se dérobant à votre protection et à la stratégie de groupe. Les combats peuvent donc rapidement devenir un cauchemar pour peu que l’on perde de vue qui est dans quel camp.

On saluera en revanche le talent avec lequel ont été réalisées les animations, très fluides, très belles, et à la fois suffisamment consistantes pour ne pas nous laisser sur notre faim et suffisamment courtes pour ne pas agacer le joueur lors des parties les plus interminables. Dans le même ordre d’idées, l’Intelligence Artificielle du jeu, très rapide, et les animations, très concises également, écourtent au maximum les temps de latence entre deux actions du joueur, ce qui est un plus non négligeable pour un jeu dont les combats durent souvent plus d’une heure.



Un vrai jeu de stratégie

S’il y a bien un élément que Tactics Ogre intègre parfaitement de sa version originale, c’est la complexité stratégique des combats. Il faudra prendre en compte la position, l’état et les aptitudes de chacune des unités alliées et adverses, mais aussi des éléments cartographiques tels que le relief et des éléments météorologies susceptibles d’influencer les dommages élémentaires, afin de véritablement maîtriser le combat et s’en sortir avec le moins de pertes. La chance jouera évidemment un rôle important, puisque c’est elle qui déterminera si tel personnage pourra parer telle action, ou si telle altération d’état fera effet ou non. Bien souvent, les mauvaises actions vous rapprocheront un peu plus de la défaite inéluctable tandis que les bonnes ne vous garantiront pas la victoire pour autant. Les moments les plus stressants des combats arriveront bien sûr lorsque vous en sentirez le contrôle vous échapper petit à petit.

Heureusement, rien n’est jamais vraiment irréversible dans cet opus puisque le système du jeu vous laisse l’opportunité de remonter jusqu’à 50 tours en arrière et d’effacer toutes les actions qui ont été entreprises jusque là, une fonctionnalité qui sera particulièrement salvatrice au bord de la défaite. Les plus conservateurs crieront à l’hérésie et trouveront le jeu trop assisté, et il est vrai que l’on s’éloigne quelque peu du jeu de stratégie traditionnel, avec sa difficulté intrinsèque particulièrement relevée et le sang-froid qu’il requérait naguère. Mais Square Enix n’a jamais brillé par la difficulté de ses jeux, et c’est encore dans une politique de jeux agréables, sans prise de tête, et permettant de passer un bon moment, que l’entreprise décide aujourd’hui d’implanter cette fonctionnalité. Les adeptes de challenges en tous genres pourront toujours essayer de se dispenser de la possibilité de retourner dans le temps au prix d’une concentration exceptionnelle lors des batailles, tant chaque action peut changer le cours d’une bataille définitivement.

Comme dans l’écrasante majorité des T-RPG, il sera bien sûr possible, et même obligatoire, de s’occuper de son équipe après chaque combat. Comptez sur un système d’évolution très élaboré, à la limite du complexe, où chaque détail est capable de changer le cours de la bataille suivante : équipement, évolution des classes, apprentissage de nouvelles aptitudes (il y aura d’ailleurs de nombreuses aptitudes inédites !), amélioration des aptitudes, renforcement des caractéristiques physiques de chaque personnage, recrutement et gestion des monstres capturés. Ajoutez à cela la nécessité de l’entraide au sein de l’équipe pendant les batailles, du fait de la complémentarité de chaque membre, et vous aurez alors un très léger aperçu de la complexité stratégique et inégalée de ce Tactics Ogre.



Une caméra inexploitée

Hélas, Square Enix semble peiner à fournir des jeux sans caméra défaillante. Tactics Ogre ne vous proposera donc qu’une seule vue isométrique, là où les performances actuelles de la 3D laissaient présager la possibilité de déplacer à son bon vouloir la caméra et de la tourner à 360°, ou au moins de bénéficier de quatre vues perpendiculaires différentes. Si vous souhaitez vous dispenser de cette vue isométrique, vous pourrez toujours vous reporter aux deux vues aériennes, qui ne diffèrent entre elles que par l’interversion des deux axes de coordonnées, mais les représentations graphiques de ces deux vues sont tellement éloignées de nos attentes qu’il faudra souvent se faire violence pour jouer dans ce mode. Nous serons donc très souvent cantonnés à la vue isométrique, certes très belle, mais qui peut éventuellement nous occulter des ennemis cachés par un bâtiment trop haut.



Une version française non prévue

Autre point négatif, qui ne laissera de marbre que les anglophones : le jeu n’est pas prévu pour être porté en version française. Si vous décidez de vous procurer le jeu à sa sortie, vous ne bénéficierez donc que des dialogues et des menus en anglais. Cela dit, l’anglais utilisé, bien que quelque peu relevé, n’est pas non plus hors de portée de quiconque ayant un niveau minimal dans la langue de Shakespeare. Qui plus est, l’histoire prenante, immersive dès le début, et très semblable à celle de la version originale, vous promet de longues heures de plaisir avec ce nouvel opus, qui réserve décidément bien des surprises.



Conclusion : un jeu à ne pas manquer

Tactics Ogre se révèle donc la digne réincarnation de l’opus original sorti il y a quinze ans. Non contente de fournir des graphismes complètement repensés, des animations plus fluides et mieux intégrées, et une bande originale de meilleure qualité, cette version sur PSP complexifie encore plus que son prédécesseur le système de combat, en introduisant des personnages et des compétences inédites. On retrouve avec plaisir les batailles stressantes de l’opus original, avec toutes les insignifiantes fonctionnalités, pourtant susceptibles de changer le cours d’un combat, mais aussi des options inédites, comme la possibilité de remonter jusqu’à cinquante tours en arrière. De surcroît, les affrontements ne sont jamais lassants, avec une musique qui sait ne pas être envahissante, une ergonomie honorable, et une latence négligeable entre chaque action. Le tableau est toutefois obscurci par plusieurs points négatifs, tels que le manque de discernement entre alliés et ennemis, la caméra trop inexploitée, ou encore l’absence de portage en version française, surtout quand l’on sait que, à la manière des dernières productions de Square Enix, un dossier complet dans le menu du jeu permet de se documenter précisément sur l’univers et l’histoire de Tactics Ogre.


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